Une année consacrée aux Transfuges de classe
Pour la première fois depuis sa création, le cours ne sera pas consacré à un auteur en particulier mais à un thème central illustré par 20 livres (donc 20 romanciers différents !) : « Le transfuge de classe ». Le terme récent, et par expérience peu connu, désigne une personne qui change de milieu social au cours de sa vie, généralement grâce à l'école, au travail, à la réussite économique ou à la culture. En littérature, cette expérience est souvent marquée par un sentiment de déchirement : l'individu appartient simultanément à son milieu d'origine et au nouveau groupe social qu'il a intégré, sans se sentir pleinement chez lui dans l'un ou l'autre. Le phénomène est ancien et traverse toute l'histoire de la littérature française. Pour exemple, au XVIIe siècle (Le Bourgeois Gentilhomme de Molière), au XVIIIe (Le Mariage de Figaro de Beaumarchais), au XIXe (Le Rouge et le Noir de Stendhal, Le père Goriot de Balzac, Les Misérables de Victor Hugo, Bel Ami de Maupassant…), au XXe (Le Premier homme d’Albert Camus). Mais, c’est au début du XXIe que le concept et le terme sont apparus avec toute une littérature spécifique à laquelle nous allons véritablement nous arrêter plus longuement à travers des auteurs à succès comme Didier Eribon, Edouard Louis, Nicolas Mathieu, tous se revendiquant héritiers d’Annie Ernaux que nous aurons l’occasion de retrouver pour son dernier livre (Le Jeune homme) que nous n’avons malheureusement pas eu le temps d’aborder en fin d’année.
Nous découvrirons au cours de ce voyage chronologique à travers la littérature que Les Transclasses d’aujourd’hui nous renvoient à un problème sociétal et politique. Nombre d’auteurs, comme autrefois Albert Camus, refusent cette conception « doloriste ». En s’interrogeant sur leurs origines, Gerald Bronner, Laetitia Strauch-Bonart, Philippe Vilain, J-P.Kaufmann n’adhèrent pas à l’idée bourdieusienne ramenant la question « Pourquoi devient-on qui l’on est ? » au seul rapport dominant-dominé qui s’avère remettre en cause héritage et méritocratie républicaine.