Une approche médiatique
Comme son titre l’énonce, le cours de Littérature et media s’est toujours plus ou moins articulé autour de deux temps forts selon une répartition d’horaires variable en fonction de l’actualité et des hasards de lectures de la saison : une réflexion sur les media et une étude littéraire. Le programme prévu à l’origine a presque toujours dû être modifié, puisque c’est souvent l’actualité médiatique qui, au fil du temps et des parutions, infléchissait le cours dans une direction imprévisible. Nous réagissions par rapport à des sujets qui entraient
dans le champ de nos interrogations collectives, en gardant à l’esprit de les greffer le plus possible sur des objets littéraires. Mais nous nous sommes rendu compte que plus nous nous rapprochions de l’époque moderne, plus la séparation entre Littérature et media perdait sa légitimité même si celle-ci restait pertinente. La distinction protectrice entre
l’écrivain et le narrateur, revendiquée par Marcel Proust, a éclaté et le masque de la fiction romanesque est tombé dans l’actualité médiatique la plus crue. La part considérable de l’autobiographie et de l’autofiction dans le marché de l’édition a fait évoluer la Littérature vers la sociologie et les problèmes de société (Michel Houellebecq, Christine Angot, Emmanuel Carrère, Virginie Despentes…), allant de pair avec le rôle majeur aujourd’hui de la Littérature thérapeutique influencée par le féminisme et le mouvement #MeToo.
Il est révélateur de conclure ce voyage littéraire dans l’exhibition de soi par une femme écrivaine à l’origine d’un nouveau genre mémoriel que les analystes universitaires qualifient d’auto-socio-biographie. Chaque livre d’Annie Ernaux est consacré à un des évènements de sa vie entre deux siècles que ses lecteurs ont pour la plupart pareillement traversés. L’analyse de l’itinéraire personnel relaté dans Mémoire de fille nous offrira l’occasion d’approfondir au fil de la lecture des domaines couverts par le champ médiatique : pureté et sexualité, honte et culpabilité, transfuges de classe, anorexie, boulimie, cleptomanie, morale et voix intérieure de la conscience. Parallèlement, la
légitimité de l’écriture, le rôle de la fiction littéraire et cinématographique dans
la construction de l’identité.